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 Pensée politique - Théorie et expérience

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MessageSujet: Pensée politique - Théorie et expérience   Jeu 15 Mar - 7:13:59

Voila, c'était pour que Car' et moi on puisse continuer nos débats avec une plus grosse limite que 255 caractères. Basé sur un texte que j'avais écris pour un cours. C'est pas fucked up mais bon.

Introduction

La Grèce antique aura eu une influence profonde sur la philosophie occidentale. Il était toutefois, déjà possible d’opérer une scission entre les penseurs de l’époque; avec d’un côté les sophistes, orateurs maîtres de la rhétorique et leurs détracteurs philosophes. Le plus virulent d’entre eux aura sans nul doute été Platon, mais il est aussi possible de parler de Socrate et d’Aristote. Il existe sans nul doute, moult différences entre les deux courants de pensée. Toutefois, malgré ces divergences et suite à l’étude des textes : La République, Éthique de Nicomaque, Les Politiques et Protagoras, un point particulier retiendra notre attention à travers ce papier et portera sur la différence et le rejet de l’utilisation de l’approche théorique entre le sophiste Protagoras et les philosophes nommés ci-dessus. En effet, il apparaît intéressant de dire d’emblée du rhéteur qu’il considère ne pas avoir de théorie, mais seulement une visée (Platon, Protagoras). À l’inverse de ses « collègues », Protagoras ne fonde pas ses idées selon une quelconque théorie. Ainsi, il semble intéressant de se demander ce que l’on veut dire lorsque nous affirmons que Protagoras n’est pas un théoricien?

Cette question aux abords frivoles, soulève pourtant des enjeux politiques sérieux. À cet effet, insistons sur une citation de Hanna Arendt qui se trouve fort révélatrice du contenu même de la question: « les problèmes élémentaires de la politique ne sont jamais aussi distinctement révélés [que] lorsqu'ils sont formulés pour la première fois» (Hanna Arendt, 1972, 29)

Cet essai sera donc divisé comme suit : tout d’abord, se trouvera l’explication sommaire de ce qu’est une théorie. Par la suite, sera expliqué pourquoi Protagoras n’est pas un théoricien et par conséquent ce qu’il est réellement.

L’approche théorique

En ce qui concerne l’approche théorique, il semble important d’être en mesure d’associer une définition précise et exhaustive à ce concept qui peut apparaître flou aux yeux du lecteur. Les éléments essentiels à la formulation de la théorie sont la raison et l’unité. Néanmoins, même si chacun n’a pas la même idée de ce qu’est la théorie, tous s’entendent pour dire que le but de recherche de l’approche théorique pour les philosophes suppose l’atteinte par cette dernière de la contemplation. (Aristote, Éthique de Nicomaque/I, VI : 29) Soit, l’acquisition de la vérité.
Cette recherche de la vérité, permettra entre autres choses d’atteindre la notion de justice, de la rendre naturelle et de proposer une piste de la forme de gouvernement acceptable.

En effet, il est possible de savoir que la raison, offre la connaissance et est sans conteste liée de façon intrinsèque à l’acquisition de la vérité et permet ainsi le perfectionnement de l’Être (Platon, La République, 431e-432b). Ce faisant, du fait qu’il est possible de définir ce qui est bien et mal, il est aussi en mesure d’accomplir la justice qui « motive toute notre recherche » (Platon, La République, 430b-d). Ses actions réalisées en fonction du bien commun lui permettant ainsi d’être heureux. La raison est donc primordiale et nécessaire dans l’atteinte de la vérité. Ainsi, l’accès à la vérité et la connaissance grâce à la raison rend l’Homme heureux (Aristote, Éthique de Nicomaque/I, VI : 31 et Platon, La République 357b – 358a). Donc, si nous agissons bien par nature, si tout le monde était capable de cela, alors la raison permettrait à l’homme comme à la cité d’être juste. L’homme est ainsi, grâce à la théorie dirigé vers le bien.
Mais il ne faut pas oublier que la théorie a aussi besoin d’unité et que cette unité requiert la raison. Sans quoi, la pluralité résiderait et cette dernière est néfaste car elle provoque en l’homme la discorde et la division et provoque «une dissension interne » (Platon, La République, 439e-440c). Elle entraîne par ailleurs l’idée selon laquelle les passions dirigeraient l’Être.

À cet effet, l’Homme est un parfait exemple à cet égard, en montrant que l’homme se meut par ses passions, il est dominé par ces dernières. Or, l’homme se doit de dominer ses passions plurielles par l’accession à l’unité afin d’être en équilibre et que l’esprit domine le corps en un moi unifié. « Dans le même homme, il y a une partie qui est meilleure, une autre qui est pire et que lorsque ce qui est meilleur par nature a emprise sur ce qui est pire, c’est ce qu’on appelle ‘’être maître de soi’’ » (Platon, La République, 430d – 431b). Mais tel est aussi le peuple, il agit et désire selon ses passions. Donc, il apparaît pour le moins logique que la théorie en tant que tel se prononce à l’encontre de l’existence de la démocratie étant donné qu’elle relève des passions des hommes. Il est même affirmé qu’elle est « dominante », mais « inférieure » et « indiscipliné » (Platon, La République, 430d-431b). Il faut que le dirigeant agisse non-pas selon les envies du peuple, mais selon la raison qui œuvre en vue du bien commun.

Pour résumer, l’harmonie unitaire est préalable à la théorie, mais est elle-même engendrée par la raison. Ainsi donc, la raison est le fondement de toute théorie.

La théorie, il suffirait tout simplement de l’appliquer aux situations se présentant à elle. Ce faisant, le jumelage de la vision du bien commun et de la vérité permet à l’homme de considérer systématiquement les variables X et Y de son équation et d’y établir systématiquement la théorie adéquate. Ainsi, il n’est pas victime d’expérimentation « néfaste », mais démontre l’utilité de la théorie dans le système de justice et de la tâche qui est de penser avant d’agir.
En conclusion, la théorie est une vision de la vérité seulement atteignable grâce au logos qui est la raison. Elle a toutefois besoin d’être unitaire afin de transcender le particulier et être universelle et permanente. Ainsi, une théorie ne doit pas s’opposer et ne contenir aucun paradoxe. Il serait alors possible d’affirmer que la théorie est une connaissance empirique et est par le fait même un théoricien celui qui va avec cette idée de théorie.
Protagoras ou l’opposition à la théorie

a. Opposition à la théorie

A contrario, en ce qui concerne Protagoras, il est possible d’affirmer de ce dernier qu’il n’est pas un théoricien et est très loin de l’être étant donné qu’il est fondamentalement opposé à la notion même de ce qu’est la théorie (Platon, Protagoras). En effet, le sophiste propose l’idée selon laquelle il est impossible pour l’homme d’atteindre la vérité décrite ci-dessus et propose aussi que l’unité ne soit pas non plus un concept nécessaire ou même préférable à l’individu.
Bien qu’il utilise lui aussi la raison, Protagoras se distingue de par son utilisation à ses détracteurs. En effet, selon lui, la raison peut permettre bien des choses, mais ne peut en aucun cas permettre l’accès à la vérité en tant que tel. Par contre, il lui est possible de réduire l’incertitude. Il serait donc déjà réalisable de dire de Protagoras qu’il est plus sceptique que les philosophes. (Platon, Protagoras : 323d-325a)
En ce qui concerne l’unité, le rhéteur est concis dessus. Il lui est difficile d’imaginer que la pluralité disparaisse. Il postule que tout dépend de cas particuliers, c’est d’ailleurs avec cette notion qu’il est possible d’infirmer l’existence même de la vérité. S’il n’existe pas d’unité dans les idées de Protagoras, il est impossible d’y trouver une structure qui permet l’utilisation systématique d’une théorie permettant d’accéder à la vérité.
De plus, si l’idée de vérité s’écroule, les notions de justice et de système politique proférés par les philosophes ne tarderont pas à suivre le mouvement et s’effriter face aux conceptions du monde que possède Protagoras.
De fait, en ce qui concerne la justice, s’il postule que tout dépend de cas particulier et que rien n’est certain, il apparaît alors impossible d’utiliser une théorie qui puisse tout rassembler et promouvoir la vérité (Platon, Protagoras, 323d-325a). Comme la justice se base sur des cas particuliers, il est donc impossible d’utiliser une théorie unitaire et unifiée.
Aussi, en ce qui concerne la théorie des philosophes par rapport au système politique, il serait possible d’affirmer de celle-ci qu’elle paraît trop élitiste qu’« on [la] trouve chez le petit nombre et chez les hommes les plus respectables » (Platon, La République, 431 b-e) et que trop peu ont les capacités de faire abstraction de leurs passions afin de laisser la raison dominer le corps. Étant donné cette lutte constante, ils sont exclus par les philosophes de la vie politique. Protagoras s’oppose à cela, il est d’accord avec l’idée selon laquelle il faut avoir un gouvernement constitutionnel car il pense que ce qui doit être accepté, doit être ce qui plaît à la majorité. Il est donc un défenseur de la démocratie. « Mais quand on délibère sur la politique, où tout repose sur la justice et la tempérance, ils ont raison d’admettre tout le monde » (Platon, Protagoras : 322d-323d)

b. La pensée de Protagoras

Maintenant que l’on sait que Protagoras n’est pas un théoricien de par son opposition au concept même de la théorie, il semble judicieux de dorénavant expliquer ce qu’il est.
Comme dit précédemment, Protagoras affirme que l’on ne peut que réduire les incertitudes, mais que le moyen d’y arriver est la comparaison basée sur l’expérience unique et personnelle de chaque individu. Ainsi, il fonde ses idées en lien avec la raison pratique qui vise une cible relative à son contexte. L’expérimentation est donc le cœur même de sa démarche. Pour lui, le moyen de parvenir à cela se fait grâce à la culture et aux arts, ces éléments permettent d’engendrer la morale qui va permettre la compréhension du nécessaire dans le contexte étudié.
Protagoras, prône donc à l’inverse d’une théorie, une connaissance par les sens. Si « savoir, c’est sentir » (Barbara Cassin et Michel Narcy, 1998, 72), il y a donc une multitude de connaissances vu que l’expérience de chacun est différente. Ce qui est un contraire à la connaissance unique

Pour le sophiste, il est impossible d’avoir accès à la vérité absolue, mais seulement de réduire l’incertitude. D’emblée, il s’oppose donc à la notion théorique en postulant que la vérité n’existe pas. Il est un sceptique et tolère les arguments en conflits et le paradoxe afin de trouver non pas des vérités, mais des éléments de réponse toujours plus probables. Les multiples expériences humaines sont alors pour lui, les seuls standards de vérité

Conclusion

Ainsi donc, comme il aura été possible de le voir, Protagoras n’est pas un théoricien de par son opposition au concept même de théorie. Il est un sophiste pour qui la connaissance s’acquiert à travers le sens. Il s’opposa aux concepts d’unité et de vérité, pour proposer la pluralité et l’incertitude.
Dans le cours, il a été dit qu’il existait trois routes vers l’amour de la sagesse. Cette vision théorique, qui donne une vision unifiée de la justice est l’une d’elle. Mais il y a aussi cette opposition de Protagoras qui tout comme la seconde approche : post-moderne, s’oppose à la théorie, mais qui permet l’ouverture à autrui.
Tout comme Protagoras, le post-modernisme est contre le concept d’unité et ce courant pense qu’il existe des situations particulières desquelles il est nécessaire de tenir compte. Du fait de l’incertitude générale du courant postmoderne, il apparaît nécessaire qu’il existe une place pour le paradoxe. Il n’y a donc pour aucun des deux courants une vérité, mais seulement des inférences possibles. L’approche postmoderne va même un peu plus loin en disant que si l’on n’est pas sensible aux différences personnelles de chacun, c’est là que nous entrons dans un contexte d’oppression et que donc, la vision unifiée, nuit aux différences. Ainsi donc, même pour l’approche postmoderne, la justice ne peut être une loi fixe et immuable, il est entre autres impossible d’en faire une théorie causale. C’est à ce niveau qu’elle est plus proche de l’idée d’expérimentation de Protagoras que de l’approche théorique des philosophes.
Néanmoins, si l’on acceptait les différences d’autrui, et que l’on ne pensait pas à une vision élitiste de la justice, ne semblerait-il pas logique qu’il n’existe aucun conflit. C’est aux vues de ces idées que l’on peut se demander si l’approche théorique est la seule responsable des conflits mondiaux?

Bibliographie
Arendt, Hannah. 1972. La crise de la culture. Gallimard, p.27
Aristote. 1965. Éthique de Nicomaque. GF-Flammarion, Paris
Cassin Barbara et Narcy Michel. 1998. La décision du sens : le livre Gamma de la Métaphysique d’Aristote, 300p.
Platon a. 1966. La République. GF-Flammarion, Paris
Platon b. 1967. Protagoras.GF-Flammarion, Paris

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